Rencontre avec Nathalie Kosciusko-Morizet

Nathalie Kosciusko-MorizetNathalie Kosciusko-Morizet, vice-présidente de l’UMP

A un moment donné de votre carrière vous souvenez vous avoir dit « OUI » à vos pouvoirs, à vos capacités ? En tout cas en avez-vous eu conscience ?

Je ne me suis jamais vraiment posée la question. En revanche je vois au quotidien que ce « Oui » doit être répété et réaffirmé. Pour beaucoup de gens, il n’est pas du tout évident qu’une femme dise oui à ses capacités et a ses désirs et soit dans une position de pouvoir. Je suis même régulièrement confrontée à des réactions de surprise. Des gens qui sont déstabilisés quand ils se rendent compte que c’est une femme qu’ils ont face à eux en situation de pouvoir. Cela donne une espèce de vertige quand soit même on ne se pose pas cette question.

Vous souvenez vous des moments de votre vie qui vous ont permis de gagner en confiance en vous ? Comment avez-vous fait ? y a-t-il des personnes qui ont contribué à vous faire gagner en estime de vous ?

Les élections sont les moments les plus intéressants du point de vue de la relation aux autres. C’est un moment à la fois cruel et extrêmement révélateur pour soi-même. Dans une élection, il y a ce moment de vérité, où tout le monde peut dire ce qu’il en pense, si c’est vous qui veulent, si vous avez convaincu. C’est un peu la dernière magie du monde contemporain.

Gagner la confiance de quelqu’un c’est une chose, mais l’honorer est l’important. Les personnes qui m’ont fait gagner confiance en moi sont sans aucun doute les gens pour lesquels j’ai réussi à faire bouger les choses très concrètes. Avoir en face de vous quelqu’un dont vous avez changé la vie, ça vous change la vie à vous aussi.

En tant que femme, quels sont les freins que vous avez eu dans votre carrière ? Un exemple ? Une anecdote ?

En politique, les freins, c’est surtout des problèmes de représentation. Il y a des gens qui ont du mal à imaginer les femmes en position de pouvoir. Je n’en ai jamais fait un problème personnel. C’est avant tout le problème de ceux qui pensent ça et qui doivent accepter que la réalité est différente. Ces représentations sont parfois très violentes. Par exemple, lorsque j’étais jeune députée à l’assemblée nationale, j’avais un assistant parlementaire (un garçon) que les huissiers ont pris pour le député, au début. Ce n’était pas un problème d’âge car il avait le même âge. On pensait que j’étais son assistante. C’est une question d’a priori culturel.

Quelles sont les deux conseils que vous donneriez aux autres femmes pour s’autoriser à dire « OUI » à leurs capacités, « OUI » à leurs pouvoirs ?

D’abord assumer que de nombreuses barrières, de nombreux freins qu’elles rencontrent ne sont pas les leurs. L’a priori culturel qui fait qu’on pense que la femme est l’assistante et l’homme le chef, c’est le problème des autres. Elles n’ont pas à l’endosser.

Ensuite je dirais qu’il faut absolument refuser de se laisser conditionner. C’est ce qu’explique un livre qui m’a beaucoup touchée, Le deuxième sexe, de Simone de Beauvoir. Le problème de la place des femmes dans la société, c’est bien sur toute la violence qui leur est faite pour qu’elles ne prennent pas leur place dans la société, mais c’est encore plus la façon dont elles l’anticipent. Elles se retrouvent aliénées, culturellement conditionnées à ne pas prendre une place dans la société que par ailleurs on leur conteste, mais que de toute façon elles n’essaient pas de prendre parce qu’elles anticipent le fait qu’on va la leur refuser. Il y a des situations ou il ne faut pas anticiper. Il faut foncer.

Si c’était à re faire, avec le recul et l’expérience, que feriez-vous différemment ?

Beaucoup trop de choses. Mais qui ne m’empêchent pas de continuer à avancer.

Vos rituels avant d’entrer « en scène » en management ou face à vos membres ?

Je n’ai pas de rituel, je suis assez spontanée.

Voyez-vous une différence entre le management des hommes et des femmes ?

C’est un débat sur lequel je suis réservée. Dire que les femmes ont un leadership différent. Ces qualités particulières que l’on prête aux femmes, c’est souvent un piège pour les enfermer derrière, dans des jobs particuliers (par ex : s’occuper des crèches…).

On peut discuter des effets de genre, des traits de caractères. Mais la plupart du temps on rentre dans ce débat parce qu’on n’a pas voulu reconnaître que les femmes ont la même légitimité que les hommes pour manager. D’ailleurs on ne justifie jamais le rôle de manager d’un homme par ses qualités d’homme.

Votre mentor féminin ? En avez-vous un ?

Non. Les quelques grandes figures féminines qu’on retient dans l’Histoire sont toutes tragiques : genre Marie Stuart, Jeanne d’Arc… Elles ont fini sur l’échafaud ou sur le bûcher. Ce ne sont pas des destins forcément motivants !

Qu’est ce qui vous donne le sourire ?

La vie.

Une question que je ne vous ai pas posée ?

Comment faire avancer la parité ? Et je répondrais qu’avant de défendre la parité, qui est une question de justice, je défends la mixité, qui est tout simplement une question d’efficacité. La simple mixité est indispensable dans la capacité d’un milieu professionnel à être dynamique.

Les milieux qui ne sont pas mixtes sont beaucoup moins créatifs, ne sont pas optimisés. Dans le monde professionnel comme dans la société d’ailleurs, la mixité est toujours créatrice. Les tensions, la concurrence et la séduction… entre les gens (hommes, femmes) sont créateurs. C’est la même chose en politique !

D’ailleurs on se rend compte que les milieux où la mixité est absente deviennent vite régressifs. J’ai commencé ma vie professionnelle en faisant le service militaire dans un milieu non mixte. C’était passionnant. J’ai adoré le service militaire, mais je trouvais que le milieu de la marine était un milieu régressif, au sens de la régression au jeune âge. Les marins seuls entre eux, loin de leur femme, loin de leur famille dans l’Océan Indien pendant longtemps retombaient en adolescence et parfois en enfance ! C’était spécial comme milieu.

C’est ce que je dirais aux femmes pour répondre à votre question : « Osez aller là où les femmes ne sont pas ! Allez-y car vous ne pourrez que les faire progresser, ou au moins les empêcher de régresser. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s