Rencontre avec Aurélie Joly

© Ivan Ferreira - MeloGym

© Ivan Ferreira – MeloGym

Aurélie Joly, Championne du monde de gymnastique aérobic

A un moment donné de votre carrière vous souvenez vous avoir dit OUI à vos pouvoirs, à vos capacités ? en tout cas en avez-vous eu conscience ?

Je me souviens que la question « suis-je réellement capable de continuer et de faire mieux que ça? » s’est posée après une succession de victoire sur plusieurs années (Championne d’Europe 2007 – Championne du Monde 2008 – Championne des Jeux Mondiaux 2009).

Quand on a tout gagné, qu’y a-t-il ensuite à faire ? Et bien c’est à ce moment là que j’ai fait comme un sorte de bilan de ce qui avait été accompli et ce qu’on allait encore me demander de produire… Et oui, non seulement j’ai eu conscience de mes capacités, mais j’ai aussi pris la décision de poursuivre. Car je m’en sentais capable et je le voulais ! Car si le corps peut, mais que la tête ne le veut plus, rien ne sert de continuer.

 Au nom de quoi faites vous ce que vous faites ? Qu’est ce qui vous anime ?

Le sport me donne la sensation d’être vivante ; mon sport, la gymnastique aérobic, me procure du plaisir; faire de la compétition et représenter la France me rend fière; la gagne ou la défaite me fait avancer en tant que personne et partager ma passion me rend heureuse. Le PARTAGE… bien sûr, je m’investis autant car j’aime ça, mais j’aime aussi le contact qui en découle. J’aime partager : avec mes co-équipiers, mon entraineur, mes amis, ma famille et tous ceux qui veulent un peu rêver d’aventure car mon sport, c’est l’aventure de ma vie (sensations fortes à la clefs… le frisson!)

Quelles sont les deux conseils que vous donneriez aux autres femmes pour s’autoriser à dire OUI à leurs capacités, OUI à leurs pouvoirs ?

C’est de prendre son courage à deux mains et de se lancer! Il faut à un moment donner se faire violence et agir en conséquence des capacités que l’on pense avoir. S’autoriser l’erreur car rien n’est facile et que les erreurs vous font devenir meilleures. Parfois, on dépasse même ses attentes car on n’avait pas forcément connaissance de toutes ses capacités ou que celles-ci ont évolué au fil du chemin parcouru. « On n’apprend pas à parler en restant muette ! Alors poussez un bon cri et zou, on y va! »

Mon deuxième conseil serait de bien s’entourer. Le chemin est long et parsemé de piège… Il vous faut quelqu’un qui puisse vous écouter, vous comprendre, vous réconforter mais surtout vous secouer !

Parfois une seule personne ne suffit pas et le travail d’équipe peut vous permettre de vous dépasser… mais attention à ne pas trop avoir de conseillers, de coach, d’amis car même en voulant être bien veillant avec vous, tout ce petit monde risque d’interférer dans vos projets. Et surtout, que chacun connaisse bien où sa place!

Si c’était à re faire, avec le recul et l’expérience, que feriez vous différemment ?

Parfois, on croise des personnes sur notre chemin et on se dit que c’est bien dommage, qu’il aurait été bien de les connaitre un peu plus tôt ou plus tard. Il y a souvent des traversées de désert où on a l’impression que tout est fini, que plus jamais on ne pourra progresser et d’autres moments où tout afflue en même temps et où on se dit qu’il y en a même trop en même temps. Rien n’est égal et c’est pour cela qu’il y a souvent des choix à faire. Les traversées de désert sont tout aussi nécessaire que les instants d’abondance. Les choix sont souvent difficiles à prendre, mais le maître mot est de ne pas regretter. « Tu peux avoir des remords car même en ayant tout essayé, tu n’as pas atteint l’objectif, mais ne regrette jamais car ça voudrait dire que tu n’as pas tout fait pour l’atteindre ! » Alors non, je ne changerais rien à mon parcours car c’est grâce à ça que je suis celle que je suis aujourd’hui et j’aime ce que je suis devenue.

« Le passé doit être su pour ne pas faire les même erreurs, mais il ne doit pas devenir lourd et chargé de regrets car le passé ne changera plus jamais à l’avenir ! »

Votre manageur, qu’attendez vous de lui ?

Pour moi, c’est un « dénicheur de belles occasions », mais en aucun cas il doit devenir le « décideur ».

Dans mon cas, mon manageur est également mon entraîneur et sélectionneur de l’équipe alors c’est spécial…

Je décide jusqu’à un certain point mais je décide surtout de lui faire confiance car il sait ce qui est bon pour l’équipe.

il me semble qu’un manageur est celui qui vous montre les différentes options qui s’offrent à vous mais vous seule faites le choix de suivre une voix plutôt qu’une autre.

Vos rituels avant d’entrer en scène ?

Je me remémore les points clefs de ma « routine » (nom que l’on donne à un enchainement en gymnastique aérobic), je vérifie que tout est bien en place (ma tenue de compétition, chaussettes-lacets de chaussures, coiffure…), mais surtout, je respire… Je respire profondément et calmement…

Lorsque tous les points techniques ont été révisés ainsi que ma tenue, j’occupe mon esprit à réguler ma respiration car il est aisé pour l’esprit de partir à des réflexions inutiles qui pourraient polluer ma performance. Le stress peut être un allier, mais pour cela il faut apprendre à le gérer et le contenir. Source d’énergie, il est votre carburant… hautement instable, il peut vous faire perdre tous vos moyens… Le meilleur des remèdes est une respiration profonde rythmée par des expirations courtes et puissantes et par des petites phrases motivantes POSITIVES : « Je suis capable de… » « Je peux… »

Gonflée à bloc et sereine sur mes capacités c’est à ce moment là que je rentre en scène.

Votre mentor féminin ?  En avez-vous un ?

Un mentor féminin, non, je n’en ai pas.. Mon mentor étant mon entraineur masculin.

Par contre, j’ai des exemples féminins à suivre…

Au niveau sportif, je dirais que depuis toute petite, je suis en admiration devant les résultats obtenus par la Roumaine Nadia Comaneci au JO de Montréal en 1976 car elle avait décroché ce que tout sportif en compétition rêve d’avoir… le 10/10.

Au niveau professionnel, j’apprends beaucoup au contact de la gérante de mon club car tout en ayant de l’autorité, elle sait être juste dans ses prises de décisions. Elle a du pouvoir, elle l’utilise mais reste juste et c’est pour cela qu’on la respecte.

Au niveau familiale, mon exemple est ma grand-mère paternelle car le peu qu’elle possède, elle le donne généreusement. C’est une femme extraordinaire avec une joie de vivre débordante et c’est pour cela qu’on l’aime et qu’on lui donne sans compter en retour.

J’ai également la chance d’avoir de très bonnes relations avec la mère de mon mari qui est une femme incroyable.

Elle mène sa famille comme une entreprise où chacun des membres progresse et évolue dans une atmosphère sereine et joyeuse alors que la vie ne lui a pas toujours fait que des cadeaux (perte d’un enfant dans le premier mois de vie, diabète, cancer…). Elle fait prospérer tout ce qu’elle touche et est de très bons conseils dans tous les domaines.

Ce sont des femmes admirables et je me force jour après jour de l’être à mon tour.

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